La mémoire est dans le cœur (Madame de Sévigné)  

La vocation agricole de La Malgrange

La Malgrange fut une maison de plaisance, une résidence "secondaire" pour les familles ducales, mais elle fut aussi, comme la dénomination nous l'indique, une "grangia", une exploitation rurale.

Les deux états sont intimement liés. Comme toute propriété digne de ce nom, la Malgrange comprenait, outre les habitations, des dépendances productives. Ferme, écurie, basse-cour, bois, terres labourables, vergers, vignes, vivier, potager, melonnière (1)… étaient des sources de revenus et par intermittence, lorsque la Cour s'installait, toutes ces annexes fonctionnelles permettaient de pourvoir au ravitaillement et à la subsistance des habitants.

Cette vocation fut conservée après le démantèlement du domaine.

Le parc fut, en partie, reconverti en champ de culture.

De 1868 à 1876, une FERME-ÉCOLE fut instituées sur le domaine de la Malgrange

Propriété de Mr Monnier, la ferme était exploitée depuis 1848 par Mr Brice qui avait su mettre en valeur une terre épuisée en très mauvais état de culture. A son arrivée, elle ne produisait que du seigle et des pommes de terre. Mr Brice pratiqua des opérations de drainage et de chaulage. Véritables galets, les terrains longeant l'avenue de la Malgrange étaient dépourvus de terre végétale; il les améliora considérablement avec l'apport de 8.000 tombereaux d'excellente terre provenant de la fouille de la rigole alimentaire du Canal de la Marne au Rhin située dans la prairie de Jarville. Les cultures furent diversifiées : blé, avoine, colza, trèfle, pommes de terre, tabac etc… Les rendements augmentèrent.

Ces excellents résultats démontrèrent la compétence de Mr Brice et ils ne furent pas étrangers à la raison du choix de cette exploitation comme établissement d'enseignement agricole. Quelques travaux de conformité furent menés, afin d'obtenir l'agrément du Ministère de l'Agriculture.

Rappelons que c'est de Lorraine, qu'est partie l'initiative de l'enseignement agricole. C'est MATHIEU DE DOMABSLE (1777-1843) qui créa la première école d'agriculture française dans sa ferme de ROVILLE.

A partir du 4 mai 1868, la ferme-école de la Malgrange dispensa une formation étalée en deux ans à une vingtaine d'élèves âgés de plus de 16 ans.

Sous la direction de Mr BRICE qui exploitait à ses risques et périls le domaine (pour une dépense moyenne de chaque apprenti qui variait entre 480 et 550 francs par an, l'État accordait 270 francs par élève) les futurs agriculteurs, chefs de culture et contremaîtres ruraux s'exercèrent aux travaux du sol sur 120 hectares de terres et s'initièrent à l'Administration d'une ferme…

La botanique, la géologie, la zoologie, la mécanique agricole, l'horticulture, etc… figuraient au programme des études.

Un an après sa création, la ferme-école retint l'attention des membres du Congrès Agricole qui siégea à Nancy en 1869, sous les auspices de la Société des Agriculteurs de France et sous la présidence de son Excellence Mgr DROUYN DE LUYS, ancien ministre des affaires étrangères et membre du Conseil Privé de l'Empereur.

Les organisateurs du Congrès se rendirent en visite au château de Rémicourt, à Varangéville et à la Malgrange.

Un concours hippique et une superbe exposition d'horticulture marquèrent le déroulement des fêtes qui s'échelonnèrent sur 4 jours.

Mr BRICE figura en bonne place dans la distribution des prix. Une médaille d'or fut attribuée pour son élevage porcin. Des médailles d'argent et de bronze lui furent accordées pour les animaux de basse-cour. Des mentions honorables complétèrent le palmarès pour les catégories "animaux reproducteurs" et "juments non suitées".

A la mort de M. Émile BRICE en 1876, l'École fut déplacée.

Cette tradition d'enseignement agricole et horticole s'est perpétuée lorsqu'en 1907, l'Institut des Sourds-Muets acheta la ferme.

La majorité des enfants venant de la campagne, il était normal de les orienter vers le travail des champs.

En 1960, la ferme fut transformée en atelier.

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1. — Stanislas était particulièrement friand de melons. Ses prédécesseurs étaient eux aussi gourmands et gourmets. Aux archives départementales, est conservé l'acte d'achat " (1605) d'une contrée de prés, sous le village de Jarville, pour planter melons, concombres, semer riz et autres légumes pour le plaisir du duc (Retour).


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