La mémoire est l'avenir du passé (Paul Valéry)  

Le château de la Malgrange.

S'il n'est pas possible d'assigner une date précise quant à la fondation de la Malgrange, les premières mentions connues concernant l'origine du domaine, remontent au 14ème siècle.

Au milieu du 16ème siècle, la Malgrange est la propriété de Nicolas de Lorraine, comte de Vaudémont, fils du Duc Antoine.

Dom Calmet, dans son histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, note l'événement de la naissance à la Malgrange (dit le pavillon Sans Soucy) de Charles, fils de Nicolas de Lorraine le 20 avril 1561.

Le 15 juin 1563, Nicolas de Lorraine et Jeanne de Savoie sa femme, vendent au Duc Charles III, le pavillon et maison neuve de la Malgrange (domaine, bâtiments, grange, bergerie, jardins, bois…) pour la somme de "cinquante mil frans monnoye de Lorraine". Le Duc se soucie de l'agrément du domaine. En 1565, des hérons sont introduits dans les bois de la Malgrange. Un fauconnier est allé les quérir à Einville.

Une note des comptes du receveur du domaine, pour 1569, mentionne l'existence à a Malgrange d'une tour dite "de l'horloge". D'autres pièces d'archives nous apprennent que, dès l'époque de Charles III, il y eut un haras.

En 1559, La Malgrange qui jusqu'alors n'était guère qu'un vaste bien de campagne, un rendez-vous de chasse, devint demeure princière

Catherine de Bourbon, sœur du roi de France Henri IV, venait d'épouser à 40 ans, le fils aîné de Charles III, Henri, marquis de Pont à Mousson et duc de Bar, héritier présomptif du duché de Lorraine. La princesse était protestante. Henri était catholique.

Comme elle ne pouvait, à cause des répugnances du peuple nancéien, pratique à Nancy le culte calviniste, ni recevoir à la cour de Charles III, les honneurs dus à son rang, on lui offrit la Malgrange qui fut embellie. Catherine s'y plut fort bien. Elle installa quelques ministres du culte protestant et fit venir à tour de rôle les "prédicants" les plus réputés. A la grande déception de la famille ducale qui lui envoya des prêtres catholiques pour l'instruire, elle ne se convertit pas.

Elle reçut la visite du Roi de France en mars 1603.

Victime d'une tumeur que les médecins ignares avaient pris pour une grossesse, elle mourut le 13 février 1604.

Vieille et Neuve Malgrange (dessin de J.Callot)

Vieille et Neuve Malgrange (dessin de J.Callot)

Une note de 1619 fait état à la Malgrange d'une ferme-ménagerie avec des "animaux rares de diverses espèces". Le domaine accueillait aussi un élevage de faisans.

En 1641, Charles IV ayant recouvré la souveraineté de la Lorraine, moins la possession de sa capitale (Nancy) voulut s'acquitter d'un vœu qu'il avait fait à Notre Dame de Bonsecours. Il vint de Fléville à la Malgrange où il fut accueilli en chemin par une foule de nancéiens.

XVIIIème siècle. — L'époque glorieuse de l'histoire de la Malgrange

En 1700, la Malgrange devint Château Royal, puisque c'est au mois d'octobre 1700 que l'Empereur Léopold 1er accorda un diplôme, le titre d'Altesse Royale au Duc Léopold.

Dès les premières années de son règne, la Malgrange fut le théâtre de fêtes. Le carnaval de 1702 fut extrêmement brillant.

Le duc y établit en 1703 et 1704 des conférences de la conciliation au sujet du code Léopold, cause de démêlés entre lui et l'église (renoncement, sauf cas d'exemption, à la torture. Les accusés peuvent être défendus et les plus pauvres bénéficient de l'assistance gratuite d'un avocat).

Le 17 août 1706, dans la chapelle du château de la Malgrange eut lieu, en présence du Duc et de la Duchesse de Lorraine, du prince Camille de Lorraine, du prince Alexis de nassau, le MARIAGE de Charlotte Érardine d'ANGLURE avec Georges de LAMBERTYE, Maréchal de Lorraine et du Barrois, Conseille d'État, Commandant et bailli de Nancy.

Peu d'années après, la Malgrange fut entièrement transformée. Le site plaisait à Léopold. En 1711, à côté de la Vieille Malgrange à l'aspect médiéval, un nouveau château, d'ordre composite, fut mis en chantier sous la direction de l'architecte Germain Boffrand. De beaux jardins furent dessinés par Yves de Hours (Nancy La Ducale, M. Garçot). De nombreux artistes de talents, sculpteurs, marbriers, peintres œuvrèrent à la réalisation du palais. Les travaux furent menés activement.

La Malgrange - Projet de Boffrand

Boffrand présenta deux projets à Léopold qu'il devait plus tard publier

dans son livre d'architecture en 1745.

Malheureusement, l'Électeur de Bavière en visite à la Malgrange début 1715, ayant trouvé que le château était trop près de Nancy pour être une maison de campagne et trop loin pour servir de résidence habituelle, Léopold fit discontinuer les travaux (Histoire Inst. Malgrange).

La Malgrange n'abrita plus alors, pour quelques années, qu'une manufacture. Dans les dépendances du château, Charles MITTÉ produisait des tapisseries pour les demeures ducales et notamment pour le château d'Haroué.

Il faisait ensemencer des terrains de guède et autres herbes pour obtenir les couleurs à teindre les laines et soies de ses tapisseries.

En 1723, c'est JOSSE BACOR qui était chef de la manufacture de tapisserie de Son Altesse Royale à la Malgrange. Propère sous Léopold, l'industrie de la tapisserie ne fut plus guère en honneur sous le règne de Stanislas.

Lors du départ de la maison de Lorraine en 1737, on transporta à Bruxelles la superbe orangerie de la Malgrange.

1737-1766 Règne de Stanislas. — La Malgrange entièrement renouvelée, connut son apogée

Le 21 mars 1737, La Galaizière, Chancelier et Garde des Sceaux, prit solennellement possession de la Lorraine au nom de Stanislas, ex-roi de Pologne et beau-père de Louis XIV.

Le 3 avril 1737, vit l'arrivée et l'installation de Stanislas au château de Lunéville qui devint sa résidence principale.

Obligé de venir souvent à Nancy, Stanislas décida, après sa première visite le 7 août 1737, de faire de la Malgrange son pied à terre.

Le bâtiment construit par Boffrand fut entièrement détruit et les matériaux servirent à la construction de la nouvelle église de Bonsecours dont Stanislas posa la première pierre le 14 août 1738.

A quelque distances de l'ancien château et face à l'avenue que Stanislas venait de créer, Emmanuel HÉRÉ construisit La MALGRANDE DE STANISLAS.

A cette époque, tous les terrains dépendant de la Malgrange, non compris les jardins et maisons, contenaient ensemble 235 arpents 3/4. Le bois le plus étendu vers Heillecourt était le bois dit "LA BRICOTTE" (79 arpents). Près de la Basse-Malgrange, vers Jarville, le "BOIS DES CHÊNES" était de 14 arpents environ (H. Lepage. Les communes de la Meurthe).

L'ensemble comprenait un édifice central appelé "Le Château de Faïence", à cause de la décoration de carreaux de faïence de Hollande qu'on lui avait donné.

De ce corps de logis, on accédait par des galeries ouvertes d'un côté à la salle à manger et à la salle de jeu; de l'autre côté "au commun", seule partie qui subsiste actuellement.

Le parc royal situé entre le bâtiment du commun et la route d'Épinal était rempli de parterres, de bosquets et de pièces d'eau. De nombreux canaux servaient à alimenter les fontaines jaillissantes (un tableau représentant le château est conservé au Musée Lorrain).

A l'extrémité du parc, sur la route d'Épinal, le Roi de Pologne fit planter, à la clôture de la Mission faite à Nancy en 1739, une grande CROIX DE MISSION placée sous un baldaquin couvert d'écailles. Douze chapelles furent bâties représentant les stations de la Passion. A côté, fut construit un couvent entretenu par trois capucins.

Ce lieu devint un pèlerinage célèbre et fréquenté. Le 14 septembre était le jour de l'Exaltation de la Sainte Croix : chaque année, une procession se déroulait de l'église de Bonsecours aux chapelles.

Tous les embellissements firent de la Malgrange un séjour délicieux. Stanislas s'y plaisait. La promenade, sous les grands arbres, pipe aux lèvres, en compagnie du nain BÉBÉ (1) était si douce !..

Le duc Ossolinski, grand maison du Roi, dont l'épouse était la cousine germaine de Stanislas, mourut à la Malgrange le 1er juillet 1756. Il fut inhumé dans le caveau royal à Bonsecours (source G. Cabourdin : Quand Stanislas régnait en Lorraine). La maison de campagne qu'il s'était fait bâtir dans la partie la plus élevée du domaine à la Petite Malgrange revint à Madame de Boufflers (2) favorite de Stanislas.

Stanislas reçut à la Malgrange des hôtes illustres : Son petit-fils, le Dauphin — Sa fille, Marie Leczinska, Reine de France — Ses petites-filles : Mesdames Henriette, Victoire et Adélaïde (3).

Le 11 juin 1749, la Maréchal de Saxe vint à la Malgrange d'où il se rendit à Dresde. Montesquieu et Voltaire y furent également reçus. De ce dernier, on a deux lettres datées de la Malgrange, 4 octobre 1748 (Hist. de l'Institution de la Malgrange).

Le dernier séjour de Stanislas à la Malgrange fut du 1er au 4 février 1766. Retourné à Lunéville, il expira le 23 du même mois.

Après la grandeur ce fut le déclin

L'éclat du passé ne nous parvient souvent que sous forme de ruines, biens propres à nous montrer que les œuvres humaines ne sont pas éternelles.

Après la mort de Stanislas, par arrêt du Conseil d'État du 4 avril 1766, le château fut affecté à la place du Commandant Général de la Province de Lorraine.

Le Comte de Stainville, parent du Ministre Choiseul, nommé le premier à ce poste, jusqu'en 1788 devint, en sa qualité, usufruitier du domaine de la Malgrange.

Il ne respecta ni les bâtiments, ni les décorations, ni les ornements des jardins, ni le Calvaire… On démolit pareillement les douze chapelles du Calvaire et on transporta le 14 septembre 1766, la grande CROIX célèbre sous le nom de "BELLE CROIX" (4) au bas de l'avenue de la Malgrange, sur la route de Saint-Nicolas-de-Port.

Tout le parc fut dégradé, les pièces d'eau furent comblées. Mr de Stainville fit clore le bois et entretint un haras assez considérable… Hélas ! De la Malgrange de Stanislas, il ne resta plus que le bâtiment du commun. Son successeur, le marquis de Choiseul la Baume devint à son tour usufruitier de la Malgrange jusqu'à la Révolution où il périt sur l'échafaud en 1794.

Le démembrement de la propriété

Déclaré bien national, la Malgrange fut destinée à la vente.

L'opération débuta en 1796 et se fit par lots. De la Malgrange naquirent plusieurs propriétés :

1. — La Grande Malgrange avec le château et 37 hectares de terre échut le 6 juillet 1798 (18 messidor an VII) à Jean Baptiste Petit qui recéda le tout le même jour à la famille Monnier.

Le 26 juin 1809, Claude Monnier, beau-frère du Maréchal Ney vendit la Grande Malgrange au couple Aertz-Masson.

La cession de la Grande Malgrange par Catherine Masson (Vve Aertz) à la comtesse de Choiseul ne fit qu'accentuer la dégradation de ce domaine. En effet, la nouvelle propriétaire surnommée "La Folle" par les paysans des alentours fit abattre la plupart des arbres séculaires qui décoraient le parc et le jardin. La Comtesse excentrique ne s'étant pas acquittée de sa dette, la Veuve Aertz reprit son bien qu'elle revendit en 1821 à Mr Gillet, rentier à Jarville. A l'état d'abandon, les bâtiments furent réparés et le parc remis en état.

En 1839, les restes du château de Stanislas reçurent une nouvelle et définitive affectation en abritant le Pensionnat de la Malgrange. Devenue établissement diocésain en 1846, l’Institution obtient en 1849 du ministre de l'Instruction Publique, le Comte Falloux, le titre de Collège, ce qui lui permet de fonctionner avec les mêmes prérogatives que les Collèges royaux.

Au cours des décennies, l’audience de La Malgrange ne cesse de grandir et c’est par centaines que les élèves se succèdent dans ses murs. Elle accueille presque exclusivement des pensionnaires, et son recrutement s’étend à toute la Lorraine et aux départements voisins (une mention particulière doit être faite pour les très nombreux jeunes Alsaciens-Lorrains qui y ont trouvé, pendant et après l’annexion, une éducation prouvant l’attachement de leurs familles à la France).

Outre les guerres qui ont interrompu son fonctionnement "ambulance" bavaroise en 1870-71; hôpital auxiliaire français de 1914 à 1918) La Malgrange a connu des moments difficiles après les lois de séparation des Églises et de l’État de 1905. Mise sous séquestre en 1911, mais autorisée à fonctionner, elle a échappé à "l’attribution" au département de Meurthe-et-Moselle parce que le Directeur et le Supérieur (les abbés Jacques et Pertusot) ont pu, grâce à l’intervention d’un ancien élève devenu ministre, Louis Marin, racheter la propriété au Conseil Général en août 1920.

Au fil du temps, la Grande Malgrange fut morcelée en particulier au profit de la foire-exposition.

2. — La Petite Malgrange jadis résidence de Madame de Boufflers et La Ferme de la Ménagerie furent adjugés à Nicolas Gengoult qui les revendit bientôt à Augustin Monnier. Son fils Claude, qui avait cédé la Grande Malgrange, conserva longtemps cet ensemble ainsi que les terres longeant l'avenue de la Malgrange.

Le Maréchal Ney fixa son domicile politique à la Petite Malgrange et son père Pierre Ney y mourut en 1826. A son tour Marguerite Ney, Veuve Monnier, sœur du Maréchal Ney y décéda le 10 décembre 1855.

La maison - Propriété pendant un temps de la famille Roth-Anclin disparut en 1953 lorsque le lotissement de la Petite Malgrange s'érigea entre la route d'Heillecourt et la rue Maréchal Ney.

3. — La Vieille Malgrange propriété contiguë à la Grande Malgrange, abrita, à partir de 1885, l'Institu des Sourds-Muets.

4. — La Haute Malgrange propriété de Mr Gillet accueillit à partir de 1839 une maison de santé (devenu Centre Éducatif et Professionnel).

Si du château de la Malgrange subsistent, hélas ! peu de vestiges ; le nom de la Malgrange n'est pas pour autant tombé dans l'oubli, grâce à la réputation de deux établissements d'enseignements :

- le Collège de la Malgrange,

- l'Institut des sourds-muets de la Malgrange (aujourd'hui Jeunes Sourds).

L'ex propriété ducale fut égtalement reconvertie, pendant un temps, en Maison de Santé et en Ferme-École.

La Malgrange de Léopold

La Malgrange de Léopold

La Malgrange de Stanislas

La Malgrange de Stanislas

Lors de sa venue, le Roi de Pologne fit détruire la construction toute neuve pour faire édifier un nouveau château plus conforme à ses goûts, se prêtant à l'agrément et à la fête.

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1. — Nicolas Ferry dit BÉBÉ était né dans les Vosges le 11 novembre 1741. Quand Stanislas le prit à sa Cour, il avait 5 ans. Il mourut vers l'âge de 22 ans(Retour).

2. — Marie Catherine (1711-1786) épouse de François Louis de Boufflers, fille de Madame de Craon, elle-même favorite pendant un quart de siècle du Duc Léopold(Retour).

3. — En allant prendre les eaux à Plombière et au retour, les deux petites filles de Stanislas - Victoire et Adélaïde - rendirent visite au Roi de Pologne, au cours des étés 1761 et 1762. En leur honneur, le château fut entièrement illuminé le 28 mai 1762 par Richard Mique, successeur de Héré comme intendant contrôleur général des constructions de Stanislas(Retour).

4. — Au cimetière de Jarville, il existe deux tombes de la famille Monnier-Ney(Retour).


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