La mémoire est le meilleur appareil photo qui soit (Kevin Spacey)   

L'Instruction primaire

Le problème de l'enseignement a été une préoccupation importante pour la municipalité comme en témoigne la lecture des nombreuses délibérations prises à ce sujet même lorsque l'instruction primaire n'était pas encore devenue pour la commune une compétence obligatoire.

Les premiers Maîtres d'École

La lecture des actes des registres paroissiaux d'Heillecourt (1) nous permet de savoir que

JARVILLE a eu successivement comme régent d'école en 1699, Claude Lemaire - en 1704, Michel Gérard - en 1724, Claude Vaultrin - en 1751, François Thiébaut.

Le 6 décembre 1786, les autorités responsables de Jarville délibèrent sur un traité de maître d'école :

« Nous Maire et Syndic et gens de justice de la communauté de Jarville et notables habitants avec le consentement de M. le Curé d'Heillecourt engageons un maître d'école, le nommé Jean-Baptiste Lambert pour enseigner les enfants du dit Jarville jusqu'à Pâques prochain.

L'enseignant doit faire, tous les jours de la semaine, la classe aux écoliers de 7 h. à 11 h. et de 1 h. jusqu'à 4 h. du soir et leur dispenser une éducation chrétienne… »

En 1788, deux ans plus tard, le poste est vacant. Est-ce dû au fait que la petite localité de Jarville offre peu d'attraits pour les enseignants ou que la rémunération est trop peu élevée ? Toujours est-il que le recrutement est problématique. La municipalité, constatant " qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'avoir un bon maître d'école " a recours aux services de sœur de la Providence établie à Jarville par décision de Mgr l'Évêque et décide de lui allouer 2 louis par an pour instruire les enfants des deux sexes. Outre sa fonction d'enseignante apprend-on, elle prodigue des soins aux malades du lieu.

Deux ans s'écoulent à nouveau et… c'est une maîtresse Anne Catherine Pierre qui va tenir l'école de la communauté et accueillir filles et garçons jusqu'à l'âge de 10 ans pour un traitement annuel de 62 livres. Les parents quant à eux paieront hebdomadairement 2 sols pour les enfants qui écrivent, contre 1 sol pour ceux qui n'écrivent pas.

En 1791, c'est le marguillier (2) de la paroisse qui fait office de maître d'école pour les deux communautés de Jarville et d'Heillecourt. Celles-ci ont des soucis d'argent pour lui donner des gages. Aussi, une demande de secours est-elle adressée aux administrateurs du district de Nancy.

Quelques mois plus tard, Jean Nicolas Dugon est engagé de novembre jusqu'à la Saint-Georges prochaine (avril). La communauté de Jarville s'oblige à lui fournir un local approprié pour instruire les enfants. Outre ses charges d'enseignement à assumer, il devra conduire les enfants à la messe et au catéchisme les dimanches et jours de fêtes.

1792 : c'est le nommé Jean-Joseph Simon, bourgeois de Nancy, qui succède. La municipalité met à disposition des enfants une chambre mais les parents se doivent de fournir les sièges de leur progéniture.

Le 19 floréal an 12, huit enfants bénéficient de la gratuité de l'enseignement.

1829 : Le Conseil Municipal de Jarville examine les conditions du recrutement d'une institutrice. La commune s'engage à lui fournir un logement convenable et tout le nécessaire pour l'instruction des enfants. Elle perçoit un traitement annuel de 60 Fr. auquel s'ajoutent les rétributions des enfants qui paient 0 Fr.60 par mois pour l'apprentissage de la lecture et 1fr. pour apprendre à écrire. Pour certains enfants désignés nommément par la municipalité, l'enseignement est gratuit.

1830 : Des réparations urgentes sont entreprises à la maison commune située route de Nancy à Strasbourg. On équipe la salle des délibérations où se tient habituellement l'école d'un poêle en fonte, de bancs et de tables.

Le logement de la nouvelle institutrice - Sœur Beatrix - se compose d'une chambre, d'une petite cuisine et d'un grenier. Elle a, en outre, la jouissance d'un petit jardin situé derrière la maison commune.

1834 : Conformément aux obligations de la loi du 28 juin 1833, dite loi GUIZOT, on procède à Jarville, le 27 janvier 1834, à l'installation du Comité de Surveillance de l'École Primaire de la commune.

Trois personnes le composent : M. ROUGELIN, maire et M. MARCHAL, curé d'Heillecourt, sont membres de droit; M. FERRY, ancien notaire, a été désigné par le Comité d'arrondissement chargé de surveiller et d'encourager l'instruction primaire.

Par une lettre adressée au vice-président du Comité d'Instruction Primaire à Nancy, le Comité de Jarville explique les raisons pour lesquelles l'école est dirigée par une institutrice Catherine Tanneur, Sœur Constance de la providence de la Maison de Cortieux, et non par un instituteur comme il serait de règle. D'une part, la commune ne peut assurer de nouvelles charges financières (la loi fixe un traitement minimum de 200 Fr. pour l'instituteur d'une école primaire élémentaire); d'autre part, une grande partie des habitants a pris l'habitude d'envoyer les garçons à Nancy, ville toute proche et donc la venue d'un instituteur ne répond pas à un besoin réel.

Pour certifier la compétence de son institutrice, le Comité rappelle également que la Sœur est titulaire d'un brevet de capacité du 2ème degré depuis 1831. (Le deuxième degré était accordé aux maîtres possédant bien l'orthographe, la calligraphie et la calcul). Il y aurait de plus apprend'on un désavantage à ce que l'instruction des filles au delà de 10 ans, se fasse avec un instituteur. On peut supputer qu'à cette époque, il était important que les filles soient préparées aux tâches ménagères et féminines qui les attendaient plus particulièrement. Trente ans plus tard, cette opinion est encore véhiculée par la loi de 1867. Son article premier prévoit la présence obligatoire d'une femme, dans les écoles tenues par un instituteur, pour diriger les filles dans les travaux d'aiguille.

1836 : 30 Fr. sont accordés à la sœur institutrice qui est chargée de chauffer la salle d'école.

1840 : Un instituteur est recruté. Il n'a qu'un logement fort restreint, sans cave et sans écurie. Pour subvenir à ses besoins domestiques, on lui construit dans le jardin un réduit à porcs.

1842 : Une demande de secours pour exhausser la maison commune-école est faite auprès des autorités. Des travaux sont entrepris et une nouvelle salle de mairie est aménagée.

1849 : Le Comité local d'instruction primaire dénonce bientôt la situation défavorable dans laquelle se trouve l'école communale.

Le Conseil Municipal soucieux "de ne pourvoir au bien être et à la bonne éducation de ses enfants" se met en quête d'un local moins exigu. Le choix se porte sur la propriété du sieur Ulrion, sise rue de la Malgrange (dénommées par la suite rue de la gare, puis rue Maréchal Foch) au centre du village, hors du mouvement de la grande route.

L'ensemble immobilier est vaste et peut accueillir en son sein la mairie-école et toutes ses dépendances. En outre, il comprend un jardin qui aboutit sur les deux routes de Fléville et de Strasbourg. Le passage du ruisseau du moulin au fond du jardin favorisera les commodités d'hygiènes par l'établissement de latrines. Mais cette acquisition représente un gros sacrifice pour le budget communal et les tractations seront abandonnées pour un temps.

La Mairie-École s'installe rue de la Malgrange (rue du Maréchal Foch)

Enfin en 1851, la propriété est acquise, moyennant un échange pour atténuer les dépenses. L'ancienne maison commune a été reprise par les époux ULRION.

Les réparations et aménagements apportés par l'architecte Vivenot sur la nouvelle acquisition grèvent les ressources communales; un secours est demandé au Ministre de l'Instruction publique. Les greniers, l'écurie et les jardins sont loués par adjudication pour obtenir des subsides. Une rétribution de 8 Fr. par élèves est demandée pour l'année scolaire de 1852.

En 1857, les Sœurs hospitalières et institutrices de la Sainte-Enfance de Marie se fixent à Jarville. La municipalité saisit cette occasion pour songer à la création d'une école de filles dirigées par une institutrice de cette Congrégation.

1861 : Des centimes extraordinaires sont votés pour l'achat d'une maison appartenant aux héritiers COUCHOT, rue de la Malgrange. Cette propriété est destinée à devenir école de filles.

1862 : Les Sœurs abandonnent leur projet de fonder à Jarville un établissement de leur Ordre, mais le Conseil Municipal leur demande de tenir leurs engagements concernant la mise à disposition de deux Sœurs.

Instruire, c'est éveiller le goût de lire. Le Conseil Municipal vote les crédits d'acquisition d'une petite bibliothèque scolaire.

Des secours sont à nouveau demandés auprès de l'État pour finir de payer le prix de la maison-école de filles.

1866 : Une salle d'asile (école maternelle) est ouverte. Jarville compte trois enseignants.

1869 : On introduit, suite aux directives impériales, l'enseignement de la gymnastique à l'école pour les garçons — seulement.

Après la guerre de 1870, des usines sont implantées à Jarville. La population s'accroît et le nombre d'élèves augmente considérablement. On utilise la grange de l'école des filles pour agrandir la salle d'asile. Des travaux sont engagés sous la direction de l'architecte Gigout.

1878 : Le Conseil Municipal se réunit pour débattre de l'introduction de la gratuité absolue dans les écoles. Considérant que cette mesure obligerait à lever de nouvelles impositions, il y renonce et décide de continuer à exiger la rétribution auprès de personnes en situation de payer.

L'accroissement des effectifs scolaires conduit à envisager la construction d'un nouveau groupe scolaire sur l'emplacement de la maison des garçons. Les propriétés voisines sont achetées. L'école des filles est revendue pour couvrir en partie la dépense.

Le nouveau Groupe Scolaire (École de Garçons, École de Filles et Asile) avec la Mairie attenante est réalisé en 1882 sur intervention de l'architecte ANDRÉ

La caisse des écoles est instituée la même année. 123 enfants sont inscrits à Jarville.

La loi Goblet (30 octobre 1886) laïcise le personnel enseignant. Le Conseil Municipal s'oppose au départ des Sœurs de la Sainte-Enfance, "adorées par la population" d'autant plus que leur remplacement va entraîner de nouvelles dépenses pour les logements des instituteurs.

A partir de 1889, le traitement des instituteurs n'incombe plus à la commune.

1901 : A peine vingt ans après sa construction, le groupe scolaire doit être agrandi sur l'emplacement des jardins.

1903 : L'école de filles étant laïcisée, les quatre Sœurs de l'Institution Congréganiste sont remplacées dans leurs fonctions d'enseignantes.

1914 : On exhausse d'un étage le groupe scolaire.

Le chauffage central est installé dans les écoles après guerre.

Jarville-la-Malgrange n'accueille pas tous les jarvillois : en 1926, 70 enfants de Jarville fréquentent les écoles de Nancy (47 à l'école maternelle de Bonsecours, 10 garçons et 13 filles à l'école Saint-Pierre).

Le quartier de La Malgrange accueille de Nouvelles habitations (3), mais faute de moyens financiers, le Conseil Municipal renonce à construire un groupe scolaire neuf.

1933 : On procède à l'achat de la maison voisine du groupe scolaire de la rue de la gare (aujourd'hui rue Maréchal Foch) appartenant à la famille Blin.

1935 : Un marché est passé pour la construction, rue de Fléville, d'une école de filles dont la réalisation est confiée à M. Echmann, architecte.

Jusqu'en 1956, le service scolaire sera assuré par le seul groupe scolaire du centre (aujourd'hui Erckmann-Chatrian).

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1. — Avant la révolution, les registres d'état civil étaient tenus par les curés, non par les mairies (Retour).

2. — Membre du conseil de fabrique chargé d'administrer les biens de la paroisse (Retour).

1. — Une centaine de maisons pour familles nombreuses construites par l'Office Départemental des Habitations à Bon Marché (Retour).


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